Rencontre avec le coach Jean-Claude Grosjean


par Romain, le 13 avril 2012


Le management n'apparaît ni dans le manifeste agile ni dans les méthodes les plus connues comme Scrum, XP ou Kanban. On ne peut pourtant pas occulter cette fonction essentielle de l'entreprise ... qui a aussi sa place dans une équipe agile.


L'équipe MiXiT : Pour ceux qui ne te connaîtraient pas, peux-tu nous dire en quelques mots qui tu es ?

Jean Claude Grosjean : Je suis Coach Agile, praticien Agile UX (Expérience Utilisateur) et formateur chez Valtech France Coach Agile et formateur depuis plusieurs années, j’accompagne aujourd’hui les personnes (ScrumMaster, Product Owner, Manager, …) les équipes et les organisations de divers domaines et secteurs dans leur parcours dans ou vers l’agilité. Je suis l’auteur de deux blogs www.qualitystreet.fr et www.agile-ux.com, centrés sur le coaching Agile, la facilitation et l’Expérience Utilisateur mais aussi les Tests ou encore le Management.

L'équipe MiXiT : Dans ta session, tu parles de management agile, quel constat fais-tu sur ce rôle dans les entreprises ?
Jean Claude Grosjean : Vaste sujet … et deux mots « Management » et « Agile » qui ne riment pas encore bien ensemble dans les organisations qui mettent en place l’agilité. Pourtant mon expérience des projets agiles et du coaching Agile dans des secteurs variés (bancaire, industriel, édition logiciel…) m’a montré que c’est bel et bien le "middle management" qui détient les clés de l’agilité sur le long terme. Ce management intermédiaire sera soit le meilleur catalyseur d’agilité devenant le plus beau des alliés, soit le pire obstacle et donc le plus farouche opposant ! Or jusqu’à maintenant, les managers (souvent sous pression, surchargés, parfois démunis, …) ont souvent été ignorés dans les chantiers de transformation agile.
Néanmoins j’observe aujourd’hui quelques éléments forts qui poussent les managers à faire évoluer leurs pratiques :

  • l’environnement externe de l’entreprise fait de changements rapides, de complexité dynamique et de concurrence accrue retentit à l’intérieur même de l’entreprise poussant l’organisation à se différentier en termes de connaissances, de partage d’informations, de gestion de compétences ou d’évolution des collaborateurs.
  • la montée en puissance d’une Agilité de terrain, qui s’incruste dans les projets, dans le quotidien des personnes.
  • des résultats concrets et des bénéfices visibles suite à la mise en place des méthodes agiles
  • l’évolution même des personnes : l’esprit AGILE répond aux attentes des personnes, génération Y ou pas, et, le plus important, à la fois côté collaborateurs et managers. C’est une source de motivation incontestable qui peut débloquer bien des situations…


L'équipe MiXiT : L’agilité est orientée vers la production de valeur pour des utilisateurs finaux grâce à une équipe auto-organisée. Du coup, pourquoi une équipe agile aurait besoin d’un manager ?
[Jean Claude Grosjean](/profile/jcQualitystreet) : C’est juste mais revenons un temps sur cette notion d’auto-organisation : « l’auto-organisation est la capacité d’une équipe à décider de l’organisation de ses propres activités pour atteindre les objectifs fixés ou pour résoudre les problèmes auxquels elle est confrontée. »
Synonyme d’anarchie, de laisser faire ou de perte de contrôle pour certains, modèle ultra performant pour d’autres, « l’auto-organisation » est un comportement « commun » à beaucoup de systèmes, effectivement au cœur de l’agilité mais qui, pour fonctionner de manière optimale, doit être à la fois bordée et soutenue. Les équipes de développement agiles n’échappent pas à la règle ! Pour atteindre ce niveau de performance, les équipes agiles auto-organisées ont besoin du manager pour :
  • Donner un cadre, rappeler le contexte en fixant les limites et les contraintes mais aussi en alignant le travail de l’équipe avec les objectifs d’organisation.
  • Etre soutenues au démarrage et maintenir un bon niveau d’auto-organisation

L’équilibre est souvent difficile à trouver…

L'équipe MiXiT : Quand tu rencontres des managers dans ton activité de consultant, comment perçoivent-ils la montée de l’agilité dans les équipes ?
Jean Claude Grosjean : Ce que j’observe en premier lieu c’est que les managers se posent énormément de questions, avec au final cette question récurrente : Quelle est ma place ? Et le manager doit effectivement (re)trouver sa place dans cette nouvelle organisation. Certains s’adaptent déjà, pour d’autres c’est plus difficile… Devenir un Manager Agile (au sein d’une organisation agile) c’est aujourd’hui un savant compromis entre : le maintien de certaines responsabilités, l’abandon de certaines autres (par exemple distribution des tâches) et l’acquisition de nouveaux savoir-faire et savoir-être.
Pas toujours simple donc, mais nous sommes désormais là pour l’accompagner dans cette transition !