Interview de Jean-François Jagodzinski


par Romain, le 19 avril 2013


L'équipe et les relations entre les individus est un sujet qui anime Jean-François. En agile il est d'autant plus important de comprendre les mécanismes pour mieux collaborer. Jean-François nous apporte ses lumières au cours d'un talk et d'un workshop.


MiXiT : Bonjour Jean-François, peux-tu te présenter en quelques lignes ?
Jean-François Jagodzinski : J'ai 54 ans, j'habite près de Grenoble et je suis coach Agile indépendant depuis 2009.

MiXiT : En tant que coach agile, quels sont les principales difficultés auxquelles tu fais face dans tes missions ?
Jean-François Jagodzinski : Notre métier intègre une dimension de changement d'organisation. Avec l'agilité il n'est pas seulement question d'apprendre de nouvelles techniques mais de vivre différemment le travail. Amener le changement de culture est certainement la difficulté principale. Si les parties prenantes sont partantes pour changer de méthode de travail, elles ne sont pas préparées au changement culturel qui l'accompagne, et souvent elles ne sont pas prêtes à l'accepter. Dans l'agilité elles pensent trouver de la flexibilité. C'est tout le contraire. L'agilité c'est de la contrainte, c'est le refus des petits arrangements et des non dits qui menaient les projets précédents à des produits de faible qualité. C'est en limitant la portée des risques par des cycles courts que l'on apporte une souplesse inégalée au système de production du logiciel. Si l'on respecte l'exigence de l'approche agile, les premiers cycles de production mettent immédiatement en lumière les dysfonctionnement du service et de l'entreprise. C'est difficile à vivre et cela peut faire peur. Il faut comprendre que c'est juste normal en mode Agile, on a les outils pour adresser ça, cela fait partie du processus d'amélioration continue.

MiXiT : Tu animeras une session et un worskshop sur l’équipe, quels sont les liens avec l’agilité ?
Jean-François Jagodzinski : Mes interventions tournent autour de la relation d'équipe. Le fonctionnement en équipe n'est pas propre à l'agilité, on trouve des équipes partout. A la vérité, des groupes humains fonctionnent très bien ensemble depuis des centaines de millier d'années. Ils le font selon certaines règles, et celles-ci s'appliquent quelque soit la taille ou la nature des groupes. C'est dans l'implémentation de ces règles, le choix des variables à ajuster et de la valeur à leur attribuer que les groupes prennent leur caractère. Ma conférence a pour objet de révéler cette structure invisible qui nous gouverne en tant que groupe. Je parlerai ensuite de la façon dont le cadre agile Scrum a choisi d'implémenter les règles de fonctionnement des groupes pour laisser la voie à des équipes hautement performantes.
Mon workshop sera en continuité avec la présentation du matin. Ce n'est pas parce que le cadre Scrum ouvre une voie vers la performance d'équipe que celle-ci arrive naturellement. L'agilité repose sur des valeurs, chacun est aussi porteur de valeurs qui lui sont propre. Comment est-ce que l'on va s'arranger avec toutes ces valeurs pour bâtir une équipe performante ? C'est l'objet de cet atelier.

MiXiT : Qui dit équipe, dit managers, quels conseils leur donnerais-tu pour aider leur équipe agile ?
Jean-François Jagodzinski : Ôtez-vous de leur chemin et laissez-les travailler.

MiXiT : Le Scrum Master est souvent mal compris dans les équipes Scrum, que penses-tu de ce rôle ?
Jean-François Jagodzinski : Une équipe Scrum n'est pas dirigée par une personne. Il n'y a pas de manager à l'intérieur. Pour autant les attributions normalement dévolues au manager n'ont pas disparues. Elles ont été placées à d'autres niveaux, soit dans les personnes, le Product Owner par exemple qui porte le Sens, soit dans le processus, personne n'a la capacité de remettre en cause une date de livraison. L'équipe de réalisation est en auto-organisation et a le pouvoir de ses décisions. Une équipe Scrum est un système ouvert complexe, laissé à lui-même son évolution est imprévisible, elle sera fonction des capacités de relation des équipiers et des contraintes externes de son environnement. Le rôle du Scrum Master est de prendre soin de ce système pour le faire converger vers la performance. C'est un peu comme un jardin, si on ne s'en occupe pas les plantes vont pousser quand même, mais on n'aura pas choisi le résultat.